Catégorie : Expérience personnelle

L’amour au temps du numérique (Temps imparti entre copines #3)

Voici mon troisième texte avec mon amie Maud. Nous avons choisi comme thème l’amour à l’ère du numérique et chacune de son côté s’est lancée dans la rédaction de son texte pour le plaisir de découvrir après ce que elle et moi avons respectivement écrit.

Au cours de cette dernière décennie, la révolution technologique a laissé son empreinte sur notre vie au grand complet et les relations amoureuses n’ont pas été épargnées non plus. La dynamique entre les différentes personnes a changé. Je ne peux pas dire, par contre, que c’est changé vers le meilleur.

Étant moi-même de la génération de la radio cassette, du walkman, des jeux dans la rue avec les enfants du voisinage, des lettres d’amour secrètes écrites à la main à l’insu de maman ou du prof., j’ai de la misère à concevoir les relations amoureuses réduites à un magasinage en ligne. On défile les profiles sur nos applications mobile comme on feuillette un catalogue Sears ou un circulaire Walmart afin de trouver l’homme ou la femme « parfaite ». On établit des critères presque impossible à atteindre en oubliant le détail le plus important : on est scruté à notre tour….et on n’est pas parfait!

On accumule des rencontres, et par la bande, des déceptions. Ce qui est entre les oreilles n’est plus un critère important. Au contraire. Plus la personne est du style intellecto, moins ses chances de « pogner ». Après tout, qui a besoin d’une femme (ou d’homme) qui parle de politique, d’histoire, de culture, de plantes, de musique, sur un site de rencontres? Il faut qu’elle soit belle, sexy, grande, fine et « willing« . Excusez-moi le terme mais je ne vous conte pas de menteries! J’ai été moi-même une consommatrice de sites de rencontres et j’ai décidé d’abandonner l’idée la plus stupide que j’ai pu avoir de ma vie. En fait, tout dépend de ce qu’on cherche. Si le but est de s’amuser et d’avoir des plans B, C…et Q, c’est le bon endroit pour ça. Si le but est de rencontrer l’amour de sa vie et bâtir une relation sérieuse à long terme, c’est plutôt rare. Bonne chance. Je n’ai pas dit que ça n’arrive pas. La perle rare existe n’importe où et n’importe quand. Il suffit d’arriver à la dénicher. Personnellement, je n’ai pas trouvé mon compte là. Je ne réponds pas aux critères. Je suis du genre à trop « philosopher »!!!

Par contre, un fait important à souligner afin d’être juste et objective (ouais quand même!), j’ai pu construire de belles amitiés qui durent depuis des mois. De belles personnes avec qui j’ai des affinités et des discussions philosophiques qui m’apportent un plus à ma vie. Ces relations sont bien restées à l’étape de l’amitié et ça me convient parfaitement. Une d’elles se démarque par un « quelque chose » de plus. Je ne peux dire c’est quoi à l’instant car je ne le sais pas. Je vais laisser le temps (et les circonstances de la vie) me le dire!

Beaucoup de ces habitués des relations numériques ne prennent pas le temps de découvrir les personnes qu’ils croisent. Après le premier échange, ils veulent te rencontrer. Si tu refuses car tu juges que c’est encore tôt de passer à cette étape, on te « flush« . Oui oui aussi simple que ça. C’est le petit piton « DELETE » sur le clavier qui décidera de ton « destin ». Allez NEXT. La personne disparait du jour au lendemain d’où le mot « ghosting« . D’ailleurs, c’est facile à le faire, la personne est cachée derrière son écran. Après tout, on est juste un nombre. Un nickname.

On te choisit selon ta photo. Même si tu écris une épopée sur toi-même dans ta fiche de présentation, personne ne prend le temps de la lire. On se fiche de ce que tu es, de ce que tu aimes, de ce que tu cherches, de ce que tu veux. Le body language et les émotions n’y sont pas. Ta photo « photoshopée » te fera passer le test de la pré-séléction ou pas. Si par malheur, cette journée où tu as pris la photo, tu as mal dormi et/ou c’est ta journée « bad hair day« , tu es foutu. Tu seras condamné à l’oubli éternel! Au pire, tu seras abordé par un autre être condamné tout comme toi…

L’amour au temps du numérique, c’est un amour de consommation rapide et non durable. Il sert à satisfaire tes besoins urgents. On veut te faire l’amour en ligne. On t’envoie des sextos et on te le dit clairement que c’est important pour savoir si la maudite « chimie » est là. De quelle chimie parle-t-on si tu n’as jamais vu la personne en vrai?

Il est du genre « périssable » avec une date d’expiration de quelques semaines tout au plus. Il ne te permet pas de rêver. Il ne te donne pas la chance de goûter à la félicité. Tu n’auras pas le temps de toute façon!

Je crois encore à l’amour galant. L’amour du temps de nos parents et de leurs parents. Pour moi, c’est l’amour au temps des chevaliers, des ladies et des gentlemen que je veux. Point, c’est tout!

Ce que je veux

On m’a posé une question récemment qui m’a fait brasser les méninges plus que je ne m’y attendais par rapport à ce que je voulais sur le plan personnel. J’ai eu, sur le champ, un moment de blanc. Un doute. Une hésitation. Ça a duré l’espace d’un éclair. Je pensais que ce que je voulais était clair et évident. Pas juste pour moi évidemment mais pour les autres aussi. Je me suis trompée sur toute la ligne.

Il « semblerait » pour certains (qui pensent me connaitre) que je donne l’impression de ne pas savoir ce que je voulais. Pourtant c’est si clair : la moi actuelle est une femme indépendante qui veut être en amour mais qui ne veut pas être étouffée. Et aussitôt que ça commence à l’étouffer, un turn-off instantané. Ciao bye. Pas de négo sur ce plan. Je tiens trop à mon oxygène pour vouloir négocier ces termes-là. Ça me repousse et me pousse loin. Je crois que je l’ai toujours été sans le savoir. Ou je ne l’assumais simplement pas.

Bien sûr que je veux aussi m’engager mais je veux que chacun ait son espace pour s’épanouir en solo afin de pouvoir s’épanouir après, en duo. J’aimerais également bâtir une belle relation basée sur la confiance, la complicité, la légèreté, les beaux moments, l’écoute, le partage, la douceur, l’affection, le soutien mutuel, la compréhension, l’acceptation de la liberté de l’autre. Je veux la chaleur d’une étreinte avant le dodo aussi.

Si moi ou mon partenaire avons le goût de partir chacun de son bord, sans l’autre, en voyage, à l’aventure, en vacance ou peu importe où et pourquoi, que ce soit possible, en toute LIBERTÉ et CONFIANCE sans avoir à justifier à l’autre sa décision. Après tout, se laisser pour mieux se retrouver. Par contre, ça ne veut pas dire que faire des choses à deux ne m’est pas important!

Je veux une relation où l’autre est capable de continuer de vivre sa vie en mon absence sans que la terre ne cesse de tourner. C’est réciproque pour moi.

Une relation qui se renouvelle à tous les jours, qui me sort de ma zone de confort, qui m’apprend de nouvelles choses. Une relation qui résiste à la routine même si cette dernière est réconfortante. Simplement une relation qui ressemble à une aventure où le petit « humph » est là. Tsé ce brin de folie qui fait briller les yeux, où le plaisir et l’excitation de la découverte sont au rendez-vous tout au long?

J’ai fini par comprendre pourquoi mes anciennes relations étaient vouées à l’échec. À vouloir trop me contenir dans un cadre m’a juste repoussée. À vouloir trop m’entourer, j’ai fini par dériver au loin. J’ai une âme de gitan. Une âme libre comme l’air. Pourquoi est-il si difficile à le comprendre? Je veux que ma bulle soit respectée. Ça peut faire peur à certains. Mais je le dis souvent, le bon n’aura pas peur.

J’ai souvent donné la recette secrète : m’apprivoiser à la manière du renard du Petit Prince. Un jour à la fois. S’approcher d’un pas. Se regarder dans les yeux. Apprendre à se connaitre par étape, sans brûler les étapes.

« L’Autre n’est pas là pour combler un vide, un manque ou corriger un quelconque distorsion inhérente à notre histoire personnelle que nous n’avons pas entrepris de traiter, de guérir. L’Autre n’est là qu’en tant que relais de transmission des énergies d’Amour que vous voudriez bien donner à l’Univers. C’est en donnant à l’Autre que l’Amour au sein du couple s’accroit et participe à l’expansion de la Conscience. » Meri Kama

Mon Coeur de Saumon a un an

Il y a un an, je ne savais pas trop encore dans quoi j’embarquais. Je me posais mille et une questions si j’allais réussir à écrire d’une façon régulière et constante. Si j’allais trouver des sujets, des idées, des mots. Si j’allais être lue. Si j’allais surtout garder l’enthousiasme des débuts.

Créér un blog est facile. En deux clics, il est mis en ligne et prêt à être garni de textes et de billets. Le plus dur c’est de l’entretenir et de continuer à l’alimenter afin de maintenir l’intérêt des lecteurs et surtout des autres blogueurs pour qu’ils poursuivent à lire et à interagir avec les textes.

Lorsque j’ai décidé de me jeter à l’eau, je n’avais aucun plan, aucune vision. Je voulais simplement traduire mes ressentis par des mots. J’avais ce besoin profond de creuser dans mon âme afin de faire jaillir tout ce qui m’étouffait, ce qui m’empêchait de respirer. De me libérer et de libérer ces mots restés coincés dans ma gorge pendant longtemps. On dit (et je l’ai souvent répété) que les mots guérissent les maux. Écrire a guéri beaucoup de mes maux. Écrire m’a redonné ma liberté. La liberté d’être moi-même à nouveau. La Liberté de m’accepter comme je suis avec toutes mes imperfections, de m’aimer et d’être fière de moi-même.

Avec chaque nouveau texte, je retrouvais un morceau de moi que je recollais aux autres. Un texte à la fois. Un an plus tard, j’ai retrouvé tous mes morceaux perdus. Aujourd’hui, je suis complète plus que jamais. Ce blog m’a permis de me réapproprier ma voix. De faire souvent des introspections, de sonder mon coeur, d’être simplement reconnaissante d’être en vie et moi-même.

Ce n’est pas qu’un blog. C’est une tranche de vie. Une vie que j’ai recréée à ma façon. Ce blog m’a vue vibrer, pleurer, rire, rêver, se défouler, rager, aimer, oublier, décevoir et se décevoir.

Ce n’est pas qu’un blog. C’est moi. Tout moi. sans filtre, passionnée, intense, vraie, sensible, imparfaite. C’est mon reflet. Et il est à mon image. Il me suit dans tous mes états d’âme.

Ce n’est pas qu’un blog. C’est un moyen de communication qui m’a permis de tisser des liens avec d’autres blogueuses et blogueurs de partout dans le monde. Une fenêtre qui s’est ouverte sur de nouveaux horizons, sur de nouvelles amitiés, sur la vie des personnes qui vivent ou ont vécu des expériences similaires aux miennes ou non.

En un an, j’ai grandi et cheminé. J’ai appris à ne plus attendre demain, ni vendredi, ni l’été et ni les vacances. J’ai assumé que sortir des sentiers battus est correct. J’ai compris que vivre le moment présent enlève beaucoup d’inquiétude et d’angoisse. J’ai pratiqué le lâcher-prise et j’ai…lâché prise sur tout ce que je ne peux pas contrôler. Enfin de compte, c’est un acte de confiance en la vie. Ai-je réussi? À 85% du temps, OUI.

Mon coeur de Saumon a eu un an hier et j’en suis fière de ce que j’ai pu réaliser. Je vous remercie de me lire et de croire en mon talent en écriture, d’échanger avec moi sur les différents sujets et de me partager également une tranche de votre vie.

« Tout ce qui est écrit continue de vivre; tout ce qui n’est que parler meurt! » Citation orientale

Les choix qu’on fait

On me demande souvent si je regrette mon choix d’être partie, si j’aurais dû rester, continuer à jouer mon rôle d’épouse heureuse et prétendre qu’on est la famille parfaite que beaucoup de notre entourage jalousait. Je répondais pratiquement et systématiquement tout le temps par un NON sûr. À vrai dire, je le regrette. J’aurais dû le faire plutôt.

Je me suis battue pour une cause perdue d’avance et j’ai fini par lâcher prise. En fin de compte, c’était déjà fini depuis quelques années. On ne peut pas réssusciter un mort. Mais, on restait pour sauver les meubles. Parce qu’on a honte de dire qu’on a échoué. Et parce qu’une rupture coûte cher. Surtout, on reste pour les enfants. C’est cliché, non?

On s’habitue à vivre « à peu près ». Après tout, c’est notre zone de confort pas trop confortable. Mais au moins, on sait à quoi s’attendre à chaque matin. Il n’y a rien de nébuleux ou d’ambigu. Attendre trop longtemps empire la situation et envenime la vie de toute la famille. Attendre trop longtemps appronfondit les blessures et fait en sorte que la récupération après devienne plus difficile, plus longue aussi.

Je ne dis pas qu’il fait baisser les bras facilement. Qu’il faut plier bagage au moindre désaccord. Qu’il ne faut pas se battre pour sauver son couple et par la bande sa famille.

Quand tu décides de partager la vie d’une autre personne, tu ne penses pas qu’un jour, peut-être, il y aura une fin. Tu t’investis et tu te permets de rêver au coucher du soleil qu’on va observer, main dans la main, sur la terrasse de la maison familiale où les cris joyeux des petits-enfants résonneront dans ses recoins. On aimerait vieillir ensemble et se soutenir dans les adversités et les bobos de la vieillesse. Qui ne pense pas à ça? Qui ne le souhaite pas?

Est-ce qu’on choisit exprès de ne plus s’aimer et de partir? De briser la famille? Non. Quand l’amour s’évapore et le bonheur se transforme en illusion, tout s’effondre. On vit en parallèle. On continue à avancer mais sans se rejoindre. En géométrie, les parallèles ne se rencontrent jamais. C’est le cas de pas mal de couples de nos jours. C’est malheureux. Mais c’est une réalité. La plupart des camarades de classe de mon gars ont « deux maisons ». C’est révélateur.

On s’oublie et on oublie l’autre à cause de nos responsabilités au quotidien. Comme toute autre chose, il faut entretenir son couple pour qu’il continue à l’être. Il se nourrit de chaque effort entrepris à son égard. Et lorsqu’on le tasse de côté, il se fâne, faiblit et finit par ne plus exister.

L’amour, c’est la base. Et la base doit être entretenue régulièrement pour continuer à supporter la charpente. Par contre, il faut que les deux partenaires de vie le veuillent et le désirent. Si l’un des deux décide de débarquer, plus rien à faire. Personne ne peut être forcé de rester et d’essayer.

Ce n’était pas aussi simple comme choix. Je l’ai fait et je ne le regrette pas. Comme je l’ai mentionné plus haut, mon regret c’est d’avoir attendu longtemps en espérant qu’un miracle nous tombe dessus. Ce n’est pas arrivé. À la place, nos coeurs ont dérivé, nos chemins ont divergé.

Aujourd’hui, je suis une femme heureuse. Épanouie. Libérée. J’ai reconstitué une famille avec mes trois enfants. Il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres. Comme dans n’importe quelle autre famille. Mais nous avons réussi grâce à notre résilience et à notre joie de vivre innée. J’aimerais être en couple, un jour. Ré-avoir la maison familiale dont je rêve. Mais je ne forcerai pas les choses. Ça arrivera quand ça arrivera. Entre temps, je savoure ma nouvelle vie. Je suis bien et comblée. Je m’épanouis au fil des jours. Je dis non à ce que je ne veux plus. Et je reçois à bras ouverts ce que je veux. Être bien avec soi est la première condition pour être bien avec une autre personne. Je ne prends plus rien pour acquis. Je suis consciente que le bonheur est fragile. Donc je vis à fond les petits moments de bonheur que la vie m’offre en cadeau.

C’est le choix que j’ai fait : me choisir. J’ai choisi aussi d’être heureuse en adoptant une attitude de gratitude. C’est reconnu que les personnes reconnaissantes sont des personnes plus heureuses.

« Quand je suis inquiet et que je n’arrive pas à dormir, je compte mes bénédictions au lieu de compter les moutons, et je m’endors en comptant mes bénédictions. » Irvin Berlin

https://youtu.be/n43T56Z01Mk

Qui suis-je?

Ce texte n’est pas le résultat d’une crise d’identité comme certains pourraient y croire et penser. Bien au contraire. Je sais très bien qui je suis devenue et très fière de l’être.

Je suis née au Liban, de parents libanais « pure laine » portant un héritage familial riche en valeurs humaines et en patriotisme. J’ai grandi au sein d’une famille aimante et ouverte d’esprit. Mon père a investi tout ce qu’il a gagné au cours des années en nos études. C’était prioritaire pour lui et pour ma mère. Ils peuvent être (et le sont) fiers de leurs cinq enfants car chacun a réussi à sa manière et dans son domaine.

J’ai toujours caressé l’idée d’immigrer au Canada et précisement au Québec à cause de la langue française. Vivre en Amérique du Nord mais en français, une langue qui me représente et traduit tout ce qui est à l’intérieur de moi était une idée tentante et délicieuse. Bref, vivre le « rêve américain » mais…en français!

Après la naissance de notre première fille, mon ex-conjoint et moi avons décidé de concrétiser ce projet. En effet, trois ans plus tard, le Québec décide de nous adopter, on plie bagages et on quitte tout ce qui nous est cher, tous nos souvenirs d’enfance, tout ce que nous avons connu à date. Une grosse partie de nous demeure au pays du Cèdre, pays du lait et du miel comme vanté dans la Bible.

Quitter tout pour partir à zéro dans un nouveau pays demande beaucoup de force intérieure, de courage et de résilience. Notre parcours n’a pas été, heureusement, difficile. L’adaptation s’est faite assez rapidement et notre nouvelle vie a débuté.

Comme tout nouvel arrivant, nous vécûmes des moments émotionnellement difficiles surtout à l’approche des différentes fêtes ou lors des événements auquels on ne pouvait pas y participer (premier Noël sans nos proches, mariage des frères et soeurs, naissance des neveux et nièces…).

J’ai également perdu des êtres chers, mon grand-père et mes deux grands-mères alors que j’étais loin. Faire le deuil, seule, à des milliers de km est l’expérience la plus dure qu’on peut imaginer. J’avais l’impression que je faisais en même temps le deuil de l’enfant qui restait encore en moi.

Une crise d’identité commença à émerger. D’un côté, je suis tombée en amour avec mon nouveau pays adoptif mais d’un autre côté, je me sentais coupable de le faire. J’avais l’impression que je trahissais mon pays de naissance avec mon pays d’adoption. J’étais tiraillée entre les deux. Incapable de lâcher full prise pour bien m’établir ici. Ça était vraiment difficile et éprouvant. Je m’ennuyais de mon ancienne vie parmi les miens au bléd mais faire marche arrière était hors de question.

J’étais sous l’emprise de crises nostalgiques. Je n’étais plus la même personne qui vivait au Liban. J’ai cheminé, vécu de nouvelles expériences au Québec, appris à vivre et me débrouiller seule. De nouvelles valeurs commencèrent à trouver chemin vers moi. Je pris goût de ce que je découvrais. La « Belle Province » a su s’infiltrer dans mon coeur et semer un émerveillement en moi!

J’ai fini par réaliser que je suis devenue une nouvelle personne. Je pouvais aimer mon pays adoptif autant que mon pays de naissance. Une femme qui portait deux cultures. Deux pays. J’avais la chance de choisir mes propres valeurs sans qu’on me les impose. En effet, j’ai gardé le meilleur de ce que j’ai hérité et j’ai délaissé ce qui ne me convenait plus. Et j’ai adopté ici le meilleur des valeurs québécoises. Donc je suis porteuse du meilleur des deux mondes.

Je ne peux plus trouver ma place à 100% dans mon pays d’origine mais je ne suis pas non plus une québécoise à 100%. Je suis une bi-citoyenne dont le coeur et l’esprit sont ici et là-bas. Mon coeur n’est plus divisé entre le Liban et le Québec. Il porte les deux. Je suis une libano-québécoise maintenant.

« Home is where the heart is! »

Je savoure la tourtière du Lac St-Jean autant que le kebbé neyé (tartare libanais) de Baalbeck (ma ville natale). J’adore les bières des microbrasseries du Québec autant que la bière locale du Liban. Je fais avec brio le pouding chômeur comme le baklava. Je raffole du sirop d’érable et je connais ses différentes classes comme n’importe quel québécois de souche autant que je raffole du sirop de mûres que ma grand-mère et ma mère faisaient.

Je ne me considère pas comme une expatriée. Ici, c’est chez moi. Et là-bas, c’est chez moi aussi. J’inculque ces valeurs à mes enfants aussi.

J’ai appris à connaitre le Québec comme je connais mon Liban. Je me suis promenée dans beaucoup de ses régions et je connais presque par coeur sa carte géographique. J’ai lu Félix Leclerc et je me passionne pour Fred Pellerin. J’écoute le hockey et je crie Go HABS Go! La voix de Ginette Reno me fait vibrer autant que ma Feyrouz libanaise.

Je me suis émerveillée par les femmes d’ici qui sont capables de jongler entre famille et carrière. Des femmes qui s’assument! Mais aussi de la douceur et de l’intelligence des femmes libanaises porteuses d’amour. Des mamans poules! Je suis maintenant une maman poule de trois qui s’assume en tant que femme et qui a plein d’ambitions.

Que dire des hommes. L’homme québécois par sa sensibilité, sa générosité et son respect pour la femme. L’homme libanais pour sa bravoure et sa débrouillardise.

Impensable de faire marche arrière. C’est ici que je vis et c’est ici que je veux finir mes jours! Je fais fièrement partie des « gens du pays » et je contribue positivement à mon pays adoptif. Je me suis ré-créé une famille formée de magnifiques personnes d’ici.

Sinon retourner au Liban juste pour me ressourcer de l’amour de ma famille, des voisins, de l’épicier, du mécanicien, du boucher, du vendeur de lait est primordial pour mes gènes phéniciens-libanais.

Être heureuse…

Au fil des jours, je suis de plus en plus convaincue que l’attitude que nous adoptons vis-à-vis la vie et les autres fait toute la différence par rapport au cours des événements.

Pendant une certaine période de ma vie, j’ai été prisonnière d’un cercle vicieux de négativité. Plusieurs facteurs y ont contribué mais mon rôle était important. Je broyais du noir en permanence. Je ne voyais aucune issue de sortie de toute situation dans laquelle j’étais.
Je me faisais du tort avant tout car je m’accrochais à tout ce qui me permettait de m’apitoyer sur mon sort. Et là, je n’en finissais plus. Pourtant, je savais très bien que ce n’était pas ma vraie nature (heureusement).

Dans mon quotidien, je suis une fille de nature joyeuse et positive avec un côté coloré, givré même. Je cherche le positif dans tout ce qui peut s’avérer négatif. Je chiale peu ou presque pas. Je suis en contrôle de mes émotions et c’est plutôt rare que je pète ma coche.

Donc, génétiquement parlant, je n’ai pas de dispositions pour la morosité. Il ne faut pas se le cacher, on est soit porteur de ce gène ou pas. Ça compte pour un certain pourcentage (je n’ai pas les chiffres). Ce n’est pas moi qui le dis. Il y a même des recherches sur l’héritabilité de la dépression.

Les conditions dans lesquelles je vivais, les conflits continus à la maison, mon insatisfaction vis-à-vis mon ancienne job, ma crainte de l’inconnu si je me séparerais, ont fait en sorte que je ne sois plus cette fille de nature enjouée.

J’ai sombré dans la dépression et par la suite, j’ai été aspirée par ce tourbillon négatif qui a continué post-dépression.

En faisant souvent de l’introspection et des retours sur les événements, j’ai découvert mon attitude négative envers tout et rien. Je ne m’en rendais pas compte. Ça m’a frappée en plein gueule. Donc, je me suis mise à surveiller de très près mes réactions, à les noter et à les analyser. J’ai vraiment détesté ce que j’ai vu. J’ai décidé de me chercher et j’ai réussi à me retrouver.

Pour contrer les effets nocifs de l’environnement qui m’entourait, je devais prendre des décisions importantes par rapport à ma vie et surtout à mon bien-être mental et psychologique.
C’est là où j’ai commencé à faire des choix et à prioriser. Parmi les choix adoptés, s’éloigner de ceux qui dégagent une énérgie négative m’était très important pour atteindre la paix intérieure.

Ensuite, c’était mon fameux “lâcher-prise”.

Petit à petit, j’ai retrouvé en moi la fille joyeuse et positive. Mon côté “fofolle” doux. Il fallait maintenir cet état d’esprit en s’entourant de tout ce qui est évidemment positif.
J’ai débarqué du tourbillon et là, je m’y tiens loin. Je me plais où je suis et ça me fait chaud au cœur qu’on me dise souvent que je dégage de la joie de vivre. Je crois qu’on attire nos semblables contrairement au principe de l’aimant. Je ne me vois PLUS dans une relation avec quelqu’un de pessimiste, de nature triste qui s’apitoie sans cesse sur lui-même.

J’ai travaillé fort pour me défaire de cet état et j’ai cheminé assez loin pour mettre ma paix intérieure et ma joie de vivre en danger. Suis-je égoïste? Un peu. À 41 ans, je sais ce que je veux mais surtout ce que JE NE VEUX PLUS….être heureuse et le demeurer est le choix que j’ai fait. Je me suis simplement choisie…

« Soyez d’abord heureux, soyez joyeux, célébrez et ensuite vous trouverez une autre Âme qui célèbre tout autant, il y aura alors une rencontre de deux Âmes dansantes et une grande danse en émergera. » OSHO

Notre histoire

Chacun de nous a une histoire à raconter. Une histoire faite de tout ce que nous avons vécu depuis que nous avons commencé à prendre conscience du monde qui nous entoure. Le moindre événement nous a marqués. Positivement ou négativement.

Nous portons en nous la marque du temps. Chaque ride, chaque pli a quelque chose à conter. Ce que chacun de nous est aujourd’hui, en ce moment précis, n’est pas le même qu’il a été hier et n’est pas le même que celui qu’il sera demain.
Chaque moment nous enrichit en expériences, en ressentis, en sagesse, en maturité. On apprend, on évolue, on chemine.

Ceux qui se plaisent dans leur zone de confort, qui ont peur de franchir ses limites pour expérimenter du nouveau sont ceux qui évolue à un rythme plus lent. On ne grandit qu’en sortant de notre zone de confort pour apprendre du nouveau, pour développer de nouvelles compétences et pour acquérir de différents savoir-faire et savoir-être.

Je ne connais presque pas deux jours pareils depuis le début de ma nouvelle vie. Elle ne cesse de me sortir de cette zone qui n’arrive pas à devenir « confortable ». J’ai eu l’opportunité de pratiquer et peaufiner ma capacité d’adaptation à des situations qui m’étaient jusqu’à lors méconnues. Désormais, rien ne me fait peur. Je sais que je serai en mesure de trouver des solutions instantanément. Ma nature calme m’aide à garder le focus afin de me concentrer sur la résolution d’éventuelles problématiques ou simplement pour vivre mon quotidien et ma routine. Ce qui m’a le plus marquée dans mon ancienne vie, c’est la célèbre phrase de mon ex « tu ne pourras jamais rien faire sans moi ». En partie, c’était la raison pourquoi je suis restée un plus longtemps que prévu dans une vie qui ne me ressemble pas. J’avais peur de ne pas être capable de faire quelque chose « sans lui ». Quand j’ai fait mon saut dans le vide (littéralement en sautant en parachute et au sens figuré en me séparant), j’ai découvert en moi une source de force inestimable. J’ai géré le tout comme une deuxième nature. Je réglais les surprises de la vie comme une pro. Je suis devenue « maman-chef » comme mon fils m’appelle. Lui, à 5 ans, l’a vu et ressenti.

Comme j’avais le goût des fois de dire à son père qu’il s’est trompé dans ses pronostics. Qu’il a sous-estimé la femme que je suis. Que moi, je me suis occupée de tout, absolument tout SEULE. Lui, par contre, a du demander l’aide de ses parents, qui sont venus s’installer chez lui pendant plusieurs mois.

En tout cas, bref, la même femme « incapable de rien faire » est fière de ce qu’elle est au moment présent. De ce qu’elle a trouvé en elle. On se le cache pas, cette force vient de l’intérieur. Elle a toujours été là. Sortir de mon confort était la cause et la raison de la sortir et d’investir en elle pour ma survie au début et pour ma vie maintenant.

On peut choisir de baisser les bras et se laisser aller au désespoir ou de se relever, de se battre, d’apprendre et de réussir. Je suis génétiquement préparée à la vie. L’histoire familiale depuis des générations prouve qu’on est faits forts et battants. De plus, mes parents ont investi tout leur temps, vie, travail et argent au fil des ans pour me donner la meilleure éducation possible. Ma mère me disait souvent, on veut vous équiper pour la vie, qui sait ce qu’elle vous réserve? On veut que vous soyez indépendants et automnes le jour où la roue tourne et les circonstances vont à l’encontre du courant, du prévu. Que vous soyez capables de vous remettre debout. Que l’éducation soit votre arme de défense.

Si je n’avais pas eu ce bagage qu’ils m’ont donné, j’aurais réussi moins bien à me remettre debout. J’aurais réussi mais moins facilement. Et au lieu de deux ans, ça m’aurait pris plus de temps. J’étais équipée pour refaire ma vie de zéro sans qu’il y ait un impact drastique sur notre qualité de vie. J’ai du faire des choix, oui. J’ai du renoncer à certaines choses et à les remplacer par d’autres, ça oui aussi. Mais c’est passé presque inaperçu pour ma petite tribu qui a été compréhensive par rapport à certains changements.

Certains ne seront pas d’accord peut-être avec mon point de vue. Certains n’ont rien eu de leur famille et ont réussi pareil. Ils ont toute mon admiration.
Par contre, dans mes circonstances de vie à moi, c’est différent. Je raconte mon histoire à moi et je ne généralise pas.

Pour finir comme j’ai débuté, chacun a son histoire à raconter…

« J’ai souvent pensé que ma capacité à souffrir était égale à ma capacité d’aimer. Que chacune de mes larmes répondait à chacun de mes rires. Que chacun de mes tourments répondait à chacune de mes convictions. Que chacune de mes craintes répondait à chacune de mes certitudes. Que ma peine glorifiait ma joie. Que ma défaite honorait ma victoire passée. En perdant, j’ai appris à reconquérir, non l’autre, mais toutes les parts de mon coeur pulvérisé.  » Nina Bouraoui, Beaux Rivages

https://youtu.be/I4FTAJ34H6w