Qui suis-je?

Ce texte n’est pas le résultat d’une crise d’identité comme certains pourraient y croire et penser. Bien au contraire. Je sais très bien qui je suis devenue et très fière de l’être.

Je suis née au Liban, de parents libanais « pure laine » portant un héritage familial riche en valeurs humaines et en patriotisme. J’ai grandi au sein d’une famille aimante et ouverte d’esprit. Mon père a investi tout ce qu’il a gagné au cours des années en nos études. C’était prioritaire pour lui et pour ma mère. Ils peuvent être (et le sont) fiers de leurs cinq enfants car chacun a réussi à sa manière et dans son domaine. J’ai toujours arboré l’idée d’immigrer au Canada et précisement au Québec à cause de la langue française. Vivre en Amérique du Nord mais en français, une langue qui me représente et traduit tout ce qui est à l’intérieur de moi était une idée tentante et délicieuse. Vivre le rêve américain mais…en français!

Après la naissance de notre première fille, mon ex-conjoint et moi avons décidé de concrétiser ce projet. En effet, trois ans plus tard, le Québec décide de nous adopter, on plie bagages et on quitte tout ce qui nous est cher, tous nos souvenirs d’enfance, tout ce que nous avons connu à date. Une grosse partie de nous demeure au pays des cèdres, pays du lait et du miel comme vanté dans la Bible.

Quitter tout pour partir à zéro dans un nouveau pays demande beaucoup de force intérieure et de résilience. Notre parcours n’a pas été, heureusement, difficile. L’adaptation s’est faite assez rapidement et notre nouvelle vie a débuté.

Comme tout nouvel arrivant, nous vécûmes des moments difficiles surtout à l’approche des différentes fêtes ou lors des événements auquels on ne pouvait pas y participer (mariage des frères et soeurs, naissance des neveux et nièces…).

J’ai également perdu des êtres chers, mon grand-père et mes deux grands-mères alors que j’étais loin. Faire le deuil, seule, à des milliers de km est l’expérience la plus dure qu’on peut imaginer. J’avais l’impression que je faisais en même temps le deuil de l’enfant qui restait encore en moi.

Une crise d’identité commença à émerger. D’un côté, je suis tombée en amour avec mon nouveau pays adoptif mais d’un autre côté, je me sentais coupable de le faire. J’avais l’impression que je trahissais mon pays de naissance avec mon pays d’adoption. J’étais tiraillée entre les deux. Incapable de lâcher full prise pour bien m’établir ici. Ça était vraiment difficile et éprouvant. Je m’ennuyais de mon ancienne vie parmi les miens au bléd mais faire marche arrière était hors de question.

J’étais sous l’emprise de crises nostalgiques. Eh oui, j’ai vécu une crise identitaire majeure! Je n’étais plus la même personne qui vivait au Liban. J’ai cheminé, vécu de nouvelles expériences au Québec, appris à vivre et me débrouiller seule. De nouvelles valeurs commencèrent à trouver chemin vers moi. Je pris goût de ce que je découvrais.

J’ai fini par réaliser que je suis devenue une nouvelle personne. Une femme qui portait deux cultures. Deux pays. J’avais la chance de choisir mes propres valeurs sans qu’on me les impose. En effet, j’ai gardé le meilleur de ce que j’ai hérité et j’ai délaissé ce qui ne me convenait plus. Et j’ai adopté ici le meilleur des valeurs québécoises. Donc je suis porteuse du meilleur des deux mondes.

Je ne peux plus trouver ma place à 100% dans mon pays d’origine mais je ne suis pas non plus une québécoise à 100%. Je suis une bi-citoyenne dont le coeur et l’esprit sont ici et là-bas. Un coeur divisé entre le Liban et le Québec. Je suis une libano-québécoise maintenant.

« Home is where the heart is! »

Je savoure la tourtière du Lac St-Jean autant que le kebbé neyé (tartare libanais) de Baalbeck (ma ville natale). J’aime les bières artisanales du Québec autant que la bière locale du Liban. Je fais avec brio le pouding chômeur comme le baklava. Je raffole du sirop d’érable et je connais ses différentes classes comme n’importe quel québécois de souche autant que je raffole du sirop de mûres que ma grand-mère et ma mère faisaient.

Je ne me considère pas comme une expatriée. Ici, c’est chez moi. Et là-bas, c’est chez moi aussi. J’inculque ces valeurs à mes enfants aussi.

J’ai appris à connaitre le Québec comme je connais mon Liban. Je me suis promenée dans beaucoup de ses régions et je connais presque par coeur sa carte géographique. J’ai lu Félix Leclerc et je me passionne pour Fred Pellerin. J’écoute le hockey et je crie Go HABS Go! La voix de Ginette Reno me fait vibrer autant que ma Feyrouz libanaise.

Je me suis émerveillée par les femmes d’ici qui sont capables de jongler entre famille et carrière. Des femmes qui s’assument! Mais aussi de la douceur et de l’intelligence des femmes libanaises porteuses d’amour. Des mamans poules! J’ai maintenant des deux!

Les hommes ont leur quote aussi. L’homme québécois par sa sensibilité et son respect pour la femme. L’homme libanais pour sa bravoure et son sens de protection et de débrouillardise.

Impensable de faire marche arrière. Mais retourner au Liban pour me ressourcer de l’amour de ma famille, des voisins, de l’épicier, du mécanicien, du boucher, du vendeur de lait est primordial pour mes gènes phéniciens-libanais.

Voici ce que je suis…une fière libano-québécoise!

18 réflexions sur “Qui suis-je?

    1. Merci Marie! En effet, j’ai trouvé ma zone de confort entre les deux. Ça me convient ainsi. Réussir à vivre dans la richesse de deux cultures n’est pas donné à tout le monde. Ça demande une grande ouverture d’esprit, de la curiosité d’apprendre, de la résilience de laisser derrière certaines choses et de la flexibilité. L’éducation à la maison joue un rôle important. Heureusement, je l’avais et je suis très reconnaissante à mes parents. Bisous et belle journée!

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  1. J’adore Dina cet article. Des cultures très différentes…Le liban et le Quebec…J’ai toujours été attiré par les deux ! Le liban, c’est comme un rêve méditerranéen, la cuisine, la chaleur, l’histoire culturelle… le Quebec, les grandes étendues blanches, la gentillesse des gens…Un très beau mélange qui te ressemble, Bisous

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  2. En tant que Québécois « pure laine », je suis heureux de lire un tel texte et d’apprendre que l’on peut se sentir bien au Québec même si on est originaire, tout comme toi, d’un monde aussi différent que le tien. Tu as fait du Québec ton chez-toi. Tu as mis dans ton cœur ce Québec aux visages multicolores et à la racine amérindienne. Tu es l’une des nôtres de corps et d’esprit sans pour autant renier tes origines. Tu es maintenant une femme du Québec et du Liban. Une femme aux milles possibilités et, ma foi, d’une grande beauté.

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